Alain Vincent

Intronisé le 28 Octobre, 2006

Alain Vincent a toujours été un mordu de lutte. C’est pourquoi il accepte, devant l’insistance de son copain Frank Blues, de participer à un « try out » avec l’Amator Wrestling Association, implantée depuis peu à la Polyvalente Thérèse-Martin à Joliette. Il a 16 ans et tout son temps. Cette décision changera sa vie pour toujours.

Après des mois d’entraînement difficile sur des matelas de gymnastique, il a la chance de participer au tout premier gala de l’histoire de la future NCW, le 19 décembre 1986. Mieux que ça, il aura l’ultime distinction d’être le tout premier lutteur à faire son entrée vers l’arène. À ce moment, il œuvre sous le nom de « Field » et porte un masque.

Les années passent et l’homme évolue ; le masque est tombé et il est maintenant Boris Kruschevv, dont la grand-mère maternelle est née à Gorki, dans l’ancienne URSS. Reconnu pour chanter l’hymne nationale de ses ancêtres avant chaque combat, il devient le 5e champion de l’histoire naissante de la AWA en vertu d’une victoire sur Lost Boy à Crabtree, le 3 juin 1988. Après s’être assuré les services du manager nommé Gamesmaster, Kruschevv défend son titre avec succès devant les Frank Blues, Kamikaze Kid, Ricky Riddick, Bam Bam, Superfly Matthew ainsi que les frères Dancer avec succès, mais non sans l’aide de sa fameuse chaîne en acier qu’il nomme affectueusement Sacha. Boris est nommé lutteur le plus détesté 3 ans de suite soit en 1988,1989 et 1990, (un record encore inégalé) où son combat avec Phil contre Blues et Lawrence est voté meilleur match de l’année. Il remporte même le titre de lutteur de l’année en 1989.

Après le plus long règne de champion jamais vu, Kruschevv baisse pavillon devant Frank Blues le 22 mai 1990. Mais celui-ci lui enlève plus que le titre. En effet, il perd également ses longs cheveux dans un « hair-cut match », le premier de l’histoire de Lutte Lanaudière. Même son gérant le quitte au terme de cette déconfiture.

L’ancien champion se retrousse alors les manches, revient en force et prendra sa revanche en coûtant le championnat à Blues lors d’un « Strap-Match » ensanglanté. En effet, le combat est jugé « no-contest » et la ceinture AWA est déclarée vacante à l’issue de ce match où les 2 gladiateurs restent assommés au sol pour le compte de 10. Il s’agit du précurseur des combats de chaînes Russe où Boris demeurera invaincu.

A l’aube de 1991, il fait maintenant équipe avec le Fuhrer dans le but de conquérir le championnat par équipe. Une combinaison qui explosera un jour dans une gerbe d’étincelles et une pluie de coups… En effet les partisans se rangent de plus en plus derrière Boris maintenant que le l’empire communiste meurt à petit feu et devient chose du passé. Le 7 Novembre 1992, Boris devient officiellement un favori de la foule en se retournant contre le Fuhrer, ce qui allait mener à une longue rivalité, dominée par Kruschevv.

Un changement radical mais bénéfique, puisque qu’il poursuit sa lancée en remportant un combat du survivant, comprenant pas moins de 8 lutteurs, le 5 décembre 1992, mettant du même coup la main sur la coupe Luc Pelletier. Il devient également durant cette période le partenaire régulier de Fred Della Sera. Puis, 4 mois plus tard, il remet enfin la main sur la ceinture qui l’avait rendu célèbre. Elle se nomme maintenant le championnat Inter-Cités et il la mérite en portant sa prise de finition (l'airplane spin) sur El Diablero. Cette fois, les fans sont en délire et la boucle est bouclée pour ce vétéran du ring.

Mais, d’autres défis restent à relever. Homme des grandes premières, c’est lui qui aura encore l’honneur d’ouvrir le bal lors du tout premier Challengemania. Le 9 Juin 1993, alors que le Canadien remporte sa dernière coupe Stanley devant leurs partisans, Boris kruschevv renverse Crazzy Eddy devant ses partisans à lui, à l’arena Marcel-Bonin de Joliette, et ouvre la voie au plus prestigieux des galas de lutte Québécoise.


Après que Diablero lui ait repris sa ceinture, Boris poursuit sa route. Le 22 janvier 1994, il fait les frais de la finale contre Phil Bélanger dans un combat de bûcherons. Le mois suivant, Boris a l’unique distinction de remporter le seul « Battlebowl » de l’histoire, disposant de pas moins de 20 adversaires à Joliette. Cet exploit lui vaut enfin la chance pour un match de championnat face au dangereux Dream Killer. Il s’incline au terme d’une dure bataille avec celui qui rivalise avec son record du plus long règne de champion.

Mais la motivation et l’orgueuil reprennent rapidement le dessus alors qu’il est défié par son vieil ennemi Syl Dancer, qui a depuis remporté le titre Inter-Cités. À la surprise des fans réunis au calimarose du Cegep de Joliette, les 2 favoris de la foule signent un contrat pour se faire face lors de la 2e édition de ChallengeMania. Une stipulation spéciale : la ceinture sera suspendue dans l’aréna et le vainqueur sera le premier lutteur à la récupérer, puis à l’attacher autour de sa taille sur le ring. Après un dur combat, Boris doit s’avouer vaincu, mais il serre loyalement la main de son opposant, ami et futur partenaire…

Le 25 Mars 1995, Boris cause toute une surprise en renversant Crazzy Eddy pour mettre la main sur le championnat Inter-Cités à nouveau. En effet, c’est par tirage au sort qu’il obtient ce combat. Sans aucune préparation, il monte courageusement sur le ring et porte son finish à celui que l’on appelle « le fou du ring ».

Même s’il ne conserve pas le titre bien longtemps, cette victoire vient jeter un baume sur une saison difficile où il a été trahit par un des ses partenaires, le Darkman. Celui-ci devient maintenant Alexandre le Magnifique géré par Floyd et lui et Boris se lancent dans une guerre à finir qui se conclura nulle par ailleurs qu’à ChallengeMania III à la faveur du Russe, dans un autre combat de chaîne ensanglanté.

Le 7 janvier 1996, après avoir fait équipe avec plusieurs lutteurs, Boris trouve la combinaison gagnante et remporte le championnat par équipe pour la première fois de sa longue carrière à l’épiphanie, aux dépends de Tod Hiroshima et son vieil ennemi Alexandre. Il se spécialise maintenant dans les matches par équipes et, même s’il perdra éventuellement le titre, il fait maintenant partie d’un groupe de lutteurs énergique appelé la Rock’n Roll gang avec ses vieux complices Syl et Jym Dancer et le Cannibal. Puis à ChallengeMania IV, il remporte une autre grosse victoire aux dépends du Rocker, Damien et le Gentleman. Il s’agit du dernier combat de Boris Kruschevv.

En effet, ce dernier se réinvente à nouveau, cette fois sous les traits de Monsieur Y-Vend Descaries, un vendeur itinérant qui parle jusqu’à ce qu’on décide de couper son micro. Sa prise de finition est le Crossface chiken wing et il l’utilisera à bon escient en Octobre 1996 à Mont Laurier, alors qu’il remporte un des rares titres qu’il n’avait jamais gagné, le championnat de la télévision de la NCW. Après plusieurs défenses fructueuses de son championnat, M. Descaries décide de vendre la ceinture à Daniel Léon le 26 janvier 1997. Regrettant son marché, il tentera de la reprendre en vain lors de ChallengeMania V. Il se reprendra tout de même l’année suivante lors de la 6e édition de cet événement, avec une victoire par abandon sur Visceral Vince. Après quelques autres combats de moindre importance, la carrière d’Alain s’éteint doucement avec un dernier combat à l’Aréna Marcel-Bonin en juin 2000 pour le gala justement nommée « la fin d’une époque ». Il remporte la victoire dans un match à 6 pour couronner une longue carrière bien remplie.

Le 28 octobre 2006, entouré de ses pairs et amis dont Binovich Fouranov, Dream Killer et Frank Blues entre autre, Boris Kruschevv reçoit l’honneur ultime, soit d’être admis au Temple de la Renommée de la NCW. Il faudra attendre l’avènement du fameux gala « NCW XX » célébrant les 20 ans de la compagnie pour avoir le plaisir de voir Boris Kruschevv, fièrement vêtu de la faucille et du marteau, remonter sur le ring. Et le plaisir était visiblement réciproque. En 20 ans, il aura touché des centaines de personnes, en tant que lutteur certes et aussi en tant que personne. D’abord par son chant, puis par ses entrevues volubiles, ses prises solides, sa passion de la lutte, son attention envers les gens et avant tout par son attachement envers sa compagnie et les membres qui la composent. De la AWA à la NCW, en passant par Lutte Lanaudière, il n’aura jamais eu la moindre intention d’offrir ses services à une autre organisation. Il s’est dévoué entièrement à la sienne et encore aujourd’hui il rend de multiples services à une activité qui l’a vue grandir, sans aucune amertume. Sans aucun doute, Alain Vincent a pavé la voie et mérite amplement sa place parmi les plus grands noms de la lutte Québécoise. François Poirier